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Réseau Baden Powell

Hommage à Alain Demeurisse et Francis Prieur

tous les mots apparaissant en rouge gras -sauf ceux-ci- sont des portes à ouvrir (des liens Internet).

Ce document est une reprise légèrement modifiée et augmentée de l'article que Thierry L.C. écrivit et publia dans Kim n° 152 de décembre 2017

 

Nous remercions Mesdames Edwige Anne DEMEURISSE, Nathalie SOKOLOWSKY-DEMEURISSE et Madame BONAY

pour nous avoir confié les documents qui ont permis de réaliser cet article à la mémoire de leurs parents.

 

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ALAIN DEMEURISSE et FRANCIS PRIEUR

Morts pour la France le 30 août 1944 en forêt de Compiègne


 
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 samedi 26 août 2017 ©ADIF de l’Oise  
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samedi 26 août 2017 ©ADIF de l’Oise 
https://static.blog4ever.com/2013/12/760037/Demeurisse-04.jpgsamedi 26 août 2017 ©ADIF de l’Oise  
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 samedi 26 août 2017 ©ADIF de l’Oise

cérémonie du souvenir ayant lieu chaque année le dernier samedi d’août à 11h
Stèle restaurée en 2014 - Coordonnées : Latitude 49.39362° - Longitude 2.87978°
 
                           

Le scout est fils de France et bon citoyen

Ce second principe des Scouts de France sonne différemment en temps troublés quand s’ouvre l’heure des choix
et que l’on doit mettre sa vie au bout de son idéal de service.

Alain DEMEURISSE et Francis PRIEUR furent de ceux qui lorsque vint le moment de combattre pour la patrie
n’hésitèrent pas à s’engager au devant du danger.
 
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Alain DEMEURISSE, né le 12 septembre 1924,
entre en 1934 à la 27ème Paris Scouts de France, Groupe St Philippe du Roule,
 
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Cette unité parisienne créée en 1926 est affiliée officiellement aux Scouts de France en 1927. A l’arrivée d’Alain la troupe occupe alors depuis un an au 20 rue de Courcelles un local "historique" toujours utilisé aujourd'hui par la troupe devenue SUF. Porteront notamment le foulard vert bordé noir André Cruiziat (1931-32), Jacques Chailley (1932-34), Roger Drapier CT de la 27ème de 1936 à 1939 et chef d’Alain, qui accompagna Guillaume Boulle de Larigaudie, dit Guy de Larigaudie, lors du fameux raid Paris-Saïgon, Jacques Chirac et Christian de Chergé. 
 
 Rappel : pour zoomer sur une image, faire un clic droit et choisir "ouvrir l'image dans un nouvel onglet"
 
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Alain Demeurisse vers 1934  
 
https://static.blog4ever.com/2013/12/760037/Alain-carte-scout-1939.pngsa carte scoute de 1939
 
 
Attiré par une carrière dans l’agriculture Alain DEMEURISSE se rend souvent à Soucy, petit village de l’Aisne, dans la maison de campagne de son père René, artiste peintre et graveur de talent. C’est là que la guerre va le trouver et qu’il rencontrera Francis PRIEUR réfugié en ce même village.
 
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Francis PRIEUR est quant à lui Chef de Troupe à Soissons (Aisne) où il a fait ses études. Bachelier, il prépare Saint-Cyr au lycée Saint Louis à Paris. Né le 5 février 1923, il est un peu plus âgé qu'Alain. Pour fuir le Service du Travail Obligatoire il se réfugie en 1943 à Soucy chez un agriculteur, monsieur Tourneur. Son père sera déporté à Dachau en 1944 d’où il reviendra en 1945.

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En août 1944, pour l’occupant c’est l’heure du repli.
Le 30 août, jour fatidique, les événements se rapprochent, Soissons est libéré par les troupes américaines. 
 
   
Auparavant, Alain et Francis, cohérents avec leurs engagements, ont rejoint la Résistance au sein de l’Organisation Civile et Militaire (OCM) 138 basée à Vic-sur Aisne. Les dernières unités allemandes fuyant Paris par les couverts des forêts de Compiègne et Villers-Cotterêts, livrent des combats sporadiques pour se dégager. 

L’OCM 138 reçoit l’ordre de se regrouper à Ressons-le-Long pour se préparer à entrer en action. 
Suivant les ordres donnés, Alain et Francis quittent Soucy à travers bois pour rejoindre leur groupe engagé dans la libération de Coeuvres. C’est alors que portant leur brassards FFI ils sont surpris par des soldats de la SS, entraînés dans la ferme de 'La Murger" et enfermés séparément, puis transférés le 30 août vers Compiègne, sans doute vers le camp de transit et d’internement de Royallieu.

Après ces faits leurs compagnons d’armes ne sauront plus rien de ce qui s’est déroulé. Tout juste peut-on penser que les allemands chargés de les conduire dans une zone de combat (Compiègne sera libéré le 1er septembre), se sont débarrassés de leurs prisonniers de façon barbare pour fuir plus commodément. Ce n’est que le 4 septembre au matin, en suivant les indications d’un garde forestier, que René DEMEURISSE, le père d’Alain, découvrira, au lieu-dit de la Faisanderie, sur la commune de Vieux Moulin, les corps des deux jeunes héros de la Résistance, dissimulés sous quelques centimètres de feuilles et de terre. Les deux amis avaient été abattus d'une balle dans la nuque.

Leur décès fut enregistré à l'Etat-Civil de Compiègne, avec la mention "Mort pour la France".
En 1945 une stèle fut érigée à leur mémoire. Elle fut réalisée par le sculpteur Georges HILBERT, ami de René DEMEURISSE.
 
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Dans son numéro 208 d’avril 1946, la revue "Scout" des Scout de France donna, page 3,
quelques extraits du journal de Francis PRIEUR
 
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https://static.blog4ever.com/2013/12/760037/Scout-208-page-3.JPG
 
 D'autres documents sont également disponibles ici
   
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Voici un texte "Les Martyrs", non daté, retrouvé dans les papiers de Monsieur René DEMEURISSE et qui a été diffusé au printemps 1945 dans le "Bulletin de liaison" de la 27ème Paris et dont on trouvera ici les deux premières pages
 
 
LES MARTYRS 
 
 
Un des scouts de la 27ème n’est plus.

C’est en effet parmi vous et en application des principes chrétiens de l’éducation scoute qu’Alain DEMEURISSE a compris le sens de l’honneur et du devoir qui l’ont exalté et conduit à vingt ans au suprême sacrifice de sa vie. Son enfance et sa jeunesse ont été traversés par les éclairs de joie qu’il allait chercher dans le 'fameux local' de la rue de Courcelles où il retrouvait parfois un de ses anciens chefs, autre futur martyr mort en 1939 sur les champs de bataille du nord, et pour lequel il gardait une immense admiration, Guy de LARIGAUDIE.
 
Avec vous, il s’évadait, il rêvait de nostalgiques aventures, l’attirance de la brousse lui préparait déjà mystérieusement son rôle. Délaissant rapidement de courtes études secondaires, l’amour des champs lui dictait sa vocation d’agriculteur, ce fameux retour à la terre auquel il songeait à quinze ans.
 
Après quelques stages dans différents centres, il arrivait enfin au premier but de ses ambitions et devenait chef de culture à Soucy (Aisne) dans la ferme de son village d’élection et presque natal. C’est là, en pleine Ile de France, aux confins des forêts de VILLERS-COTTERETS et de COMPIEGNE qu’il attendait venir la tempête.
 
Comme tous les fils de fermiers de la région, il s’était inscrit au groupe FFI de Soissons en compagnie d’un ancien scout Francis PRIEUR qui s’était préparé d’abord à la vie de missionnaire pour finalement passer le concours d’entrée à ST CYR. Couple d’amis parfait, animés par la même foi, ils étaient l’âme de la Résistance dans leur petit village. Le dimanche qui précède leur mort, on les aperçut une dernière fois partant gaiement sur la route pour assister à la messe qui se disait dans la commune voisine.

Et puis le 29 août le drame commence.
Les Américains approchent, ils ont libéré MEAUX, CHATEAU-THIERRY, poussé une pointe vers SOISSONS. VILLERS- COTTERETS perdu et repris est conquis à son tour. On attend les avant-gardes motorisées d’un moment à l’autre. Soucy est libre, mais à trois kilomètres de là, à COEUVRES, 300 SS sont retranchés dans une ferme.

Les deux enfants partent au matin, ils obéissent aux ordres reçus et vont chercher des armes pour les gens de leur groupe, sans hésiter devant le danger de leur mission.

Le mercredi 30 Août 1944, à COEUVRES, ils tombent dans un guet-apens et sont conduits à 11 heures dans la ferme des nazis au MURGER où on les gardera ligotés et séparés. Ce même jour, à la tombée de la nuit, ils sont conduits dans une camionnette découverte à 25 kilomètres de là, en pleine forêt de COMPIEGNE.
Dans les villages qu’ils ont traversés en marchant au supplice, tout le monde a pu les voir, droits et fermes et les mains liées derrière le dos. Les Américains arrivaient le lendemain même et sept jours plus tard, je pouvais retrouver les corps des deux héros, fusillés lâchement, volés et dépouillés de toute identité, au pied d’un arbre, dans cette forêt qu’ils aimaient et sur cette terre qu’ils avaient voulu défendre. Raidis encore pour une dernière bravade, ils étaient morts comme des chevaliers, face à l’ennemi.

Ramenés le 6 septembre, Alain DEMEURISSE et Francis PRIEUR ont été enterrés ensemble, sous les plis du drapeau, dans le cimetière de SOUCY. Devant la foule venue de toute la région, après que l’harmonium de l’église eut entonné le chant d’espérance des scouts, les Honneurs militaires leur furent rendus par une compagnie de prisonniers libérés dont la parade sans fusil était bien la poignante image de notre patrie meurtrie, désarmée mais toujours vivante. 
 
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MORT DE MON FILS

J'ai dans la main la douille d'une des balles qui t'ont tué. C'est un objet sans attrait, un tube de cuivre grossièrement façonné à la mécanique et sans perfection artisanale. Tu étais attiré par cela dans ton enfance. Tu ramassais les cartouches de 1914 et en emplissais tes poches, elles remplaçaient les billes d'agate de mon temps, tu voulais t'en servir à ton tour.

A quoi pensais-tu, Alain, Ô mon Ami, quand la voiture t'emportait à travers la futaie vers ton supplice ?
Le prévoyais-tu seulement ?
L'espoir d'être interné dans un camp t'animait-il encore ?
Entamais-tu le colloque divin qui précède la mort, doit la faire craindre et presque désirer ?

Je me souviens d'une attaque en forêt d'Argonne où nous partions pour la reprise d'une tranchée perdue la veille. En sautant sur le parapet, mon pied s'était pris dans un barbelé et je m'irritais en courant sous la mitrailleuse contre ma chaussure dont le lacet cassé pouvait gêner ma marche. Les idéaux pour lesquels nous combattions étaient alors absents.
 
Surveillais-tu les deux bourreaux qui conduisaient l'automobile ?
Les regardais-tu avec colère ou plus simplement avec cette curiosité de l'événement imprévisible
qui tend les nerfs et décuple la perception des choses ?
Regardais-tu plutôt les hêtres qui bordaient la route, les grands cierges d'argent
dont l'éclat mystérieux donnait à ton calvaire une pompe nouvelle ?
 
septembre 1944
René DEMEURISSE (1895-1961)
 
 


25/08/2018